Saint Paul

Saint Paul, un Pasteur

Nicholas King SJ

Première constatation : Paul ne semble pas utiliser le langage d’un « pasteur » ;

Deuxième constatation : les méthodes obsolètes de Paul dans sa fonction pastorale;

Troisième constatation : Paul refuse tout argent.

 

Le leitmotiv : l’Evangile doit être prêché à tout prix : Pour Paul, donc, il y avait une liberté à travailler pour vivre et à prêcher l’Evangile gratuitement. Paul ressentait comme un impératif absolu le devoir de prêcher la Bonne Nouvelle ; nous pouvons déduire cela de sa réflexion dans ce même important chapitre : 1Cor 9 : « Annoncer l’Evangile n’est pas pour moi un titre de gloire; c’est une nécessité qui m’incombe.Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Evangile ! » Nous pouvons retrouver cette même ardeur en Rom 1,15, où il essaie d’être diplomate et de ne pas insister sur le besoin pour les Romains d’être instruits, mais, au lieu de cela, il se réfère discrètement à sa « passion d’annoncer la Bonne Nouvelle » à vous aussi, peuple de Rome. Et il situe cette « passion » dans le contexte de ce qu’il a déjà réalisé : « Ainsi, depuis Jérusalem et jusqu’à la Yougoslavie, là où l’on n’avait pas invoqué son nom, j’ai assuré l’accomplissement de l’Evangile du Christ. » Rom 15, 19.

La fraîcheur et la nouveauté abrupte de ce message signifient qu’il est hors de prix ! Paul exprime cette nouveauté dans un mot qui a perdu du sens pour nous, mais qui signifie cependant quelque chose de très vivant : l’amour inconditionnel de Dieu. Naturellement, ce mot, – puissions-nous le sortir de la tombe que nous avons creusée pour lui, pour qu’il puisse une fois de plus être entendus dans nos oreilles fatiguées, est le mot « grâce ».

Paul, un pasteur : trois traits du « bon berger. »

Il semble qu’il y a trois qualités que nous trouvons en Paul et que nous aimerions trouver dans nos pasteurs et encourager en nous-mêmes, car chacun de nous, quel qu’il soit, a un ministère pastoral dans l’Eglise. Ce sont l’affection, la capacité de penser par soi-même, et la centralité absolue de Jésus dans nos vies.

1) L’affection :

On peut parfois être très irrité au sujet de Paul et le blâmer pour ce qu’il a fait de travers dans l’Eglise. C’était une très forte personnalité et un théologien à l’esprit brillant et créatif. Mais avez-vous senti à quel point il aimait les Chrétiens, qu’il rassemblait dans les villes méditerranéennes variées, qu’il visitait ? Ecoutons ces quelques paroles, qu’il place au milieu de fortes remontrances aux Chrétiens de Corinthe : « Ce n’est pas pour vous confondre que j’écris pas cela, mais pour vous avertir comme mes enfants bien aimés. Auriez-vous en effet des milliers de pédagogues dans le Christ, que vous n’avez pas plusieurs pères ; car c’est moi qui, par l’Evangile, vous ai engendrés dans le Christ Jésus. 1 Cor. 4, 14-15. L’affection, à la base de son exaspération, est évidente. Dans Rom 9,1-3, sa réflexion sur le sort de ses frères juifs montre sa passion sans faille, même jusqu’à souhaiter être anathème, séparé du Christ pour eux. Voyons aussi l’affection exacerbée de 1 Cor. 3, 1-3. D’autres exemples encore plus clairs de son affection sont dans Phil 1, 3-5 ; 8-9, ou dans 1 Thess. 2, 8 ; 3, 6, 9-10. Il est particulièrement remarquable, – et c’est un exemple pour tous les pasteurs,- qu’il accorde un soin particulier à ceux qui pourraient autrement être dédaignés, comme Phoebe, Rom 16, 1 ; Timothée, 1 Cor. 6, 10-11, et même Epaphrodite, Phil. 2, 25-30.

2) L’aptitude à penser par soi-même :

Paul a un ensemble simple de principes de base : Dieu a ressuscité Jésus d’entre les morts. Jésus est Seigneur. Paul est lui-même investi de la mission de prêcher l’Evangile aux païens. Dieu est fidèle et fiable. Et quelques autres convictions. Cela étant, ses lettres, qui sont la meilleure preuve de ce qu’il est, abordent d’autres sujets, comme ils se présentent, mais toujours sur la base de ces principes. Que faisons-nous, néanmoins, demande-t-il, des problèmes suivants : les divisions dans les communautés ; l’inceste ; l’avarice dans les collectes ; l’évasion d’esclaves ; les différends sur la nourriture ; les relations conjugales ; les impôts dus aux autorités romaines. Paul propose quelques réponses, au sujet desquelles nous ne pouvons avoir de certitude absolue, parce que, comme on le dit souvent, nous écoutons seulement un point de vue de la « conversation téléphonique » entre lui et ses Eglises.

Il faut noter clairement que Paul a répondu à la hâte sur des questions particulières, au sujet des places particulières, en telle année particulière. Il serait très surpris de nous voir fouiller dans ses lettres, presque deux mille ans plus tard, pour trouver des réponses à des problèmes qui n’étaient pas les siens. Il y a beaucoup de sagesse dans les réponses qu’il donne, mais, comme il le dit lui-même, il y a une « crise menaçante, » et il semble possible que le Seigneur Jésus puisse revenir le mercredi suivant, qui sera le dernier jour. 1 Cor. 7, 26. Ainsi, ceux qui s’attristent de réponses sans grande importance, comme le bon usage des manipules, le moment convenable et le lieu de purification des vases sacrés, ou le moment de donner le baiser de paix, ou même se vexent pour les réponses concernant la morale sexuelle, ne comprennent rien aux intentions de Paul. Ce qui est essentiel, pour en venir à la conclusion, c’est le dernier point abordé maintenant.

3) Par-dessus tout, ne pas quitter des yeux le Seigneur Jésus : 

Paul, c’est clair, a été retourné, face contre terre, dans son amour pour Jésus, et a compris que ce que disaient ces fous de Chrétiens était vrai, à savoir que Dieu l’a relevé d’entre les morts , que Jésus est le Seigneur, et que Paul doit dire cela aux non Juifs. Ceci, dans tout ce qui le concerne, est au cœur de ses préoccupations, et sa réponse aux questions, rencontrées dans son activité pastorale, est simplement de revenir à Jésus. On peut difficilement trouver meilleur mot d’ordre que celui-là à offrir à un pasteur de notre temps, ou de n’importe quel autre siècle. C’est pourquoi il devient si irritable envers les Corinthiens, qui ne regardent plus leur modèle; de même, quand les Galates oublient Jésus, en voulant revenir à l’observance de la Loi, Paul, manifestement, perd patience. Même dans une lettre aimante et chaleureuse comme celle adressée aux Philippiens, Paul devient sévère si ses interlocuteurs oublient Jésus. Il y a eu beaucoup de bruit pour rien, là-bas, en Macédoine, et deux bons acteurs de l’apostolat, Evodie et Syntyche, se sont disputés et Paul leur a demandé de se réconcilier. Phil 4, 2. Le langage qu’il utilise alors, c’est intéressant, « se sentir en bonne intelligence dans le Seigneur, » est le même que celui employé plus haut dans la lettre, au moment où il introduit son hymne au Christ, Phil 2, 6-11 : par trois fois, il emploie le mot « ressentir » ou un mot de la même famille, pour encourager à l’unité : « Ayez entre vous les mêmes sentiments que ceux qui furent dans le Christ Jésus. » Si vous vivez bien cela, alors, sans aucun doute, le reste suivra. Ainsi, quand Paul demande à ses Eglises de l’imiter, ce n’est pas de l’arrogance, mais c’est parce qu’il a centré sa vie sur le Christ, et ils doivent faire de même pour que leur vie ait un sens.1 Cor 4,16 ; 11,1. 1 Thess. 1,6. Paul est heureux de laisser sa place, quand l’occasion se présente. 1 Cor. 16, 3-4. Ce qui lui importe, c’est d’édifier les Eglises, une expression qui lui est favorite, dans le Corps du Christ.

L’homme intensément humain, mais piquant, vantard, et, à l’occasion, va-t-en-guerre, en tant que serviteur de Dieu, est un apôtre profondément affectueux, qui aime ses Chrétiens, justement parce qu’ils reflètent le mystère de l’amour de Dieu dans le Christ. C’est en même temps le modèle des pasteurs, parce que, précisément, c’est un être humain totalement digne de confiance, à qui il est arrivé de tomber amoureux du Christ. Si vous pouviez lui ressembler, même partiellement, vous feriez bien !

Source : The Pastoral Review